Ca y est, tout est fini : les cours, les stages, la formation?et je sais que je suis diplômée. Même si je n'ai pas encore l'attestation officielle et mon diplôme, le calcul est simple. Ayant validé tous mes stages (avec une moyenne de 18,4/20) et tous mes modules (avec une moyenne de 16/20) , je m'en sors avec une moyenne globale de 17/20 sur l'année. Cette année est passée à grande vitesse et en même temps j'ai l'impression que le « moi » que j'étais avant est infiniment loin. Durant cette année, à travers les cours, les stages?j'ai rencontré une multitude de personnes aussi détestables qu'attachantes. Tout d'abord les « Autres », groupe de personnes avec lequel j'ai été obligée de composer pendant un an. Pour certains cela été une vraie rencontre, pour d'autre une obligation pas forcement bien vécue?Mais qu'importe, ce genre de situation nous la rencontrons quotidiennement. Elle permet d'apprendre la patience, faire des concessions, maîtrise de soi (pas taper, pas taper, pas taper?) Et puis les soignants. J'ai porté un regard admiratif sur certains d'entre eux, de voir ces soignants qui après plus de 30 ans de métier ont su garder cette humanité, cette bonté, cette empathie pour autrui, jamais blasés, qui font un travail admirable quotidiennement. C'est en les regardant que je me dis que j'aimerai devenir comme eux. Ils m'ont aidé à grandir durant cette formation, à grandir professionnellement. C'est grâce à ces personnes qu'aujourd'hui je suis confortée dans le choix que j'ai fait il y a un an. Bien sûr, certains soignants sont devenus aigris avec les années, ils ne prennent plus le temps d'écouter, font des gestes mécaniques, ont perdu cette empathie?C'est en les regardant que je sais ce que je ne veux pas devenir et ce que je ne peux pas tolérer en tant que professionnelle. A côtoyer ce milieu, le mythe de la blouse blanche, du médecin, du chirurgien, l'homme de savoir c'est effrité. Bien sûr certains d'entre eux se sont montrés beaucoup accessibles que d'autres. Certains n'ont pas hésité une seconde à prendre le temps de m'expliquer des pathologies, le pourquoi du comment de telle ou telle maladie, de me conseiller, de m'aider à progresser, de m'écouter, de me faire confiance malgré mon statut d'étudiante. Je ne parlerai pas de ces médecins arrogants qui vous toisent de haut, qui vous font sentir plus bas que terre que l'on peut croiser. Qui vous regarde interloqué quand vous soumettez une idée. « Mais t'es qui toi pour te permettre de donner ton avis ? »?Et oui, parfois cela arrive. Et puis bien sûr, tous « mes » patients. C'est sans doute avec eux que j'ai le plus appris, le plus grandi. Il y a eu M et C, mes premières patientes, auxquelles je pense encore, hémiplégiques rongés par le sida. Il y a eu ma petite mamie de la chambre 46, qui m'a pleuré dans les bras le jour où elle a quitté l'hôpital pour aller en rééducation. Il y a eu la 58, avec sa jambe droite ulcéré jusqu'à l'os (Syst, c'est une façon de parler hein ! :). Je me rappellerai toujours de la première fois où j'ai vu sa jambe. Mon visage a du se décomposer car elle a rigolé en me disant : « c'est pas beau à voir, hein ? ». J'ai été gênée d'avoir été aussi facilement trahie par mes émotions ce jour là. Elle a pleuré quand je suis partie. Je ne pensais pas l'avoir touché autant. Il y a eu la 70, mon vieux monsieur hémiplégique, atteint de myopathie dégénérative avec qui j'ai passé ma première MSP. Il y a eu la 36, avec ma petite dame atteinte d'un cancer et métastases, en plein clivage du moi, ne sachant plus si elle devait se laisser mourir ou garder espoir. Et puis ma petite mamie dans le coma qui nous a quitté depuis. Il y a eu la 86 fenêtre, mon maraîcher avec qui j'ai passé ma deuxième MSP et la 82 fenêtre, fracturée de la tête aux pieds qui m'a remis une lettre quand je suis partie : Chère Rx, Maintenant que tu vas partir, j'ai envie de te dire TU car tu pourrai être ma fille. Pendant tous ces matins qui nous ont rapproché, je peux te dire que ce métier que tu as choisi tu le feras merveilleusement car ?et le reste je le garde pour moi. Et puis tous les enfants de l'unité D que je viens à peine de quitter. Toutes ces personnes ont énormément compté pour moi. Ils ont accepté d'être pris en soins par une stagiaire, ils ont joué le jeu lors des MSP, ils m'ont vu évoluer, prendre de l'assurance. Ils ont rigolé à mes monstrueuses bourdes, m'ont encouragé. Ils se sont livrés corps et âme à moi, ils ont pleuré, m'ont fait partager leurs doutes, leurs angoisses, leurs vies?C'est à eux que j'adresse mes remerciements les plus sincères. Et maintenant ? Maintenant, il y a tant de possibilités qui s'offrent à moi (je suis au chômage). La première étant de prendre quelques vacances pour digérer cette année . La deuxième va être de trouver LE poste, celui où je me sentirai bien, utile, à ma place?À travers mes différentes expériences dans mes différents stages, mon choix s'est affiné. Je vais probablement (sûrement) postuler en priorité en psychiatrie puis en chirurgie (même viscérale. Et oui Syst. Le sale ne me fait plus peur : ) et dans le polyhandicap? Pourquoi ces choix ? Je ne suis pas sûre de pouvoir le formuler clairement?La psychiatrie m'a toujours quelque part fascinée. La souffrance morale des gens est quelque chose qui me tient à c?ur, qui me touche. Ceux que la vie a abimés un jour. Et puis je trouve ça particulièrement fascinant de voir que dans certaines pathologies, l'altération de la réalité est sans limite. J'aimerai tellement comprendre, le pourquoi du comment, d'essayer d'entrevoir et de comprendre ce qu'il se passe dans leurs têtes. De comprendre cette souffrance et d'essayer de les aider avec mes moyens, mes maigres compétences. Bien sûr, je sais que cette voie est difficile et peut être dangereuse. Pour la chirurgie l'explication est plus simple. Je trouve le travail plus riche en terme de pathologies, de prise en charge (morale et physique) , d'accompagnement du patient, des proches?Ce sont souvent des services lourds mais on n'a pas le temps de tomber dans une certaine routine. Il faut constamment se renouveler, s'adapter aux pathologies, aux patients? Et le polyhandicap qui regroupe un peu tout. Voilà, maintenant il n'y a plus qu'à?Mais je ne vous cache pas que je suis un peu en panique. J'ai peur de ne pas trouver LE poste qui me plait et que pour des raisons financières évidentes, je sois obliger d'accepter le premier poste où l'on voudra bien de moi. Je viens à peine de finir et j'angoisse déjà. J'espère ne pas trop vous avoir saoulé avec mes histoires depuis un an. Je ne sais pas si je vais continuer à vous raconter la suite de mon parcourt ou peut être autrement. Peut être que je vous raconterai des choses plus personnelles? Le petit scarabée que je suis tourne une page. Les prochaines sont à écrire. Merci à vous tous (avec une spéciale dédicace à mon médecin préféré, le bien nommé Syst :)
24 November 2007, 12:01 am