Albanie : les enfants sidéens font peur à l'école

Médecine asiatique

Albanie : les enfants sidéens font peur à l'école

Par Esmeralda Keta Une journée comme tant d'autres à l'école, où les enfants entrent et sortent en fonction de leur emploi du temps. Parmi les centaines de petites bouilles angéliques et heureuses, les deux jumeaux que le sort a marqués dès leur naissance du sceau du virus HIV. Ils sont cependant comme tous leurs congénères en pleine santé, beaux et intelligents. Au point que l'équipe d'enseignants s'est prise d'affection pour les deux jeunes enfants et les a pris sous son aile. Du moins jusqu'au jour où les caméras de télévision sont venues pour filmer l'école, les responsables de l'école se sont mis en quatre pour ne pas que le cas de ces deux élèves ne soit « découvert ». C'est une école comme bien d'autres, avec ses problèmes, ses locaux vétustes, ses moyens réduits, mais ce pourquoi elle se trouve au centre du débat, c'est la présence de deux enfants infectés dès leur venue au monde par le virus du sida/HIV. De nombreux médias se sont rendus dans cette école, très intéressés pour comprendre quelle attitude tiendraient les instances directrices de l'école et toute l'équipe face à ce problème. Les jeunes enfants scolarisés ici ont bien sûr fait les curieux devant les microphones et les caméras, mais les enseignants ont tout fait pour ne pas dévoiler l'identité des deux enfants sidéens. « Ils sont beaux comme la lumière. Ils débordent de santé et d'intelligence, affirmait une enseignante, agacée par la situation, le problème ne vient pas d'eux mais de l'ignorance des parents. » Elle a aussi expliqué que des réunions d'information ont eu lieu entre les parents des autres élèves et les spécialistes du ministère de la Santé, qui leur ont expliqué que les autres enfants ne risquaient absolument rien en présence de leurs deux camarades infectés par le virus du sida. « Ils doivent comprendre que le sida n'est pas comme la grippe et ne peut se transmettre par la respiration, mais les parents ne comprennent pas. Nous sommes absolument à l'aise avec ces deux enfants, comme avec tous les autres. Ils ne sont pas différents, ce sont deux petits anges », rajoute l'enseignante. Ses collègues sont aussi de son avis. « Le problème n'est pas chez nous, mais ailleurs. À l'hôpital, par exemple, où l'on va se faire soigner et dont l'on sort contaminés par le virus du sida, contenu dans les poches de sang ayant servi à la transfusion. Ce n'est pas la peine d'embêter ces enfants, ils ne présentent pas le moindre risque », disent-ils. La direction savait dès le départ que ses enfants étaient porteurs du virus HIV, mais les a acceptés, les bras ouverts, malgré les désaccords et les débats animés de la communauté. La directrice de l'école explique qu'elle n'a aucunement l'intention de pénaliser les deux enfants. « Si l'on n'arrête pas d'évoquer les droits des enfants, il faut aussi les mettre en pratique et ne pas les laisser lettre morte », déclarait-elle, en montrant publiquement son attitude protectrice. L'enseignante principale les avait aussi pris en charge de manière très naturelle et assurait leur surveillance dans les locaux de l'école et en classe pour les protéger, si besoin, d'une quelconque agressivité des autres enfants. « Ces enfants continueront à faire partie de notre contingent d'élèves, comme tous les autres. Personne n'entend les éloigner de l'école. Leurs parents, cependant, sont en droit de décider s'ils resteront ici ou non », déclarait encore la directrice de l'école. Au ministère de la Santé, le cas malheureux de la famille de ces enfants était connu depuis quelques années. L'ancien ministre de la Santé, Leonard Solis, avait pris les mesures nécessaires pour aider financièrement et moralement cette famille dont le père était décédé des suites du sida, qui avait aussi contaminé la mère et les deux enfants jumeaux à leur naissance. Le ministre Solis, interviewé, évoquait qu'à l'époque où il avait pris connaissance de ce cas difficile, il avait pris soin de préconiser la formation des médecins pédiatres qui devaient désormais être prêts à suivre des cas semblables d'enfants nés avec le virus du sida. C'était aussi lui-même qui avait notifié au Conseil des ministres la nécessité de réserver un fonds spécial à la famille pour les aider après le décès du père, et après avoir contacté l'OMS, ils avaient ainsi assuré les médicaments nécessaire pour le traitement médical des enfants et de leur mère. Suite au récent remue-ménage autour de la présence des deux enfants à l'école, que les autres parents ont du mal à accepter, l'ancien ministre rappelle que la stigmatisation des personnes atteintes du virus HIV existe dans le monde entier, la discrimination et l'ostracisme qu'ils subissent est présent dans les écoles mais aussi dans l'administration publique. Cependant, cette attitude est totalement injuste et injustifiée puisqu'il faut le savoir, du point de vue médical, ces enfants ne présentent la moindre dangerosité pour l'entourage. L'ancien ministre de la Santé évoque aussi la nécessité d'un effort d'explication majeur de la part du ministère de la Santé, pour organiser des rencontres informatives avec les enseignants, les parents des autres enfants, pour les convaincre que la seule présence d'un individu porteur du virus HIV ne présente pas de risque, et surtout que ces jeunes enfants ont besoin d'être entourés de chaleur humaine et d'être intégrés dans la société et surtout pas d'être exclus du cercle social. Le ministre actuel de la Santé, Nard Noka, quant à lui, a considéré ce cas de manière prioritaire. Ne pouvant s'y rendre personnellement, il a envoyé les spécialistes du ministère et de l'Institut de la Santé publique, pour expliquer et informer la population des tenants et aboutissants de la situation et pour agir en faveur des enfants sidéens. Dans ces réunions, les spécialistes ont évoqué les mécanismes de la maladie et de sa transmission d'un individu à un autre avec les parents des autres enfants de la classe des deux jeunes enfants infectés par le virus HIV. Prenant en compte le problème de l'isolement, l'éloignement de ces enfants de l'école que demandaient certains parents, la mère des deux enfants infectés par le virus du HIV pensait pouvoir tirer parti d'une réunion de parents pour inviter les deux ministres respectifs de la Santé et de l'Éducation, seul moyen selon elle de venir à bout de cette situation et de se sentir moins seule dans cette bataille. Dans cette réunion, l'absence du ministre de l'Éducation s'est fait remarquer, les deux figures institutionnelles auraient mieux mis en évidence l'attitude de l'État farouchement contre d'éventuelles pratiques discriminatoires à l'égard d'autres enfants dans les mêmes conditions, dans d'autres institutions éducatives. « La direction de l'école a contacté le ministère de l'Éducation dès l'apparition du problème à l'école. Cela fait maintenant deux semaines et aucune réaction de leur côté », explique la mère des deux enfants.

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